Chapitre 32

 Le retour de Mathis

Le lendemain, on entend quelqu’un crier de toutes ses forces sur la place et cela réveille tous les habitants du Mistral. « Fred  Fred, je pense à toi tout le temps. Je rêve à toi. Je veux vivre avec toi. Fred, je voudrais être près de toi. Je te cherche t’es où Fred ? … » Mirta et Roland regardent ce curieux personnage par la fenêtre.

-        Que se passe-t-il ?

-        Il n’a pas fini de hurler!

-        Il va réveiller tout le quartier ma parole!

-        Je vais aller le chercher et il va m’entendre, ça ne va pas se passer comme ça!

Sur la place.

-        Qui es-tu ?

-               

-        Tu m’entends quand je te parle, calme-toi.

Mirta essaye de parler avec cet individu mais elle n’y arrive  absolument pas. Pendant ce temps là chez Guillaume.

-        J’ai entendu crier.

-        Moi aussi, je pense que c’était dans mon rêve.

Fred regarde par la fenêtre.

-        C’est Mathis, qu’est-ce qu’il fait là ?

-        Mathis ?

-        C’est l’enfant dont je m’occupe dans la classe de Blanche, il y a aussi ta mère Luna.

-        Ah ! oui.

-        Je vais prendre mon café et une bonne douche et j’irai le voir après.

-        Je vais aller avant que ça dégénère entre eux.

-        On ne va pas aller dehors en pyjama non plus!

-        On s’habille et on y va!

-        Vas-y-toi, moi, j’irai plus tard.

-        Comme tu voudras….

Sur la place, Mathis et Mirta s’énervent l’un contre l’autre mais juste avec des mots.

-        Oh ! tu m’agaces.

-        Fred, je sais que tu es là. Je ne peux pas me séparer de toi, c’est affreux pour moi, tu ne te rends pas compte. Tu sais, je suis devant une vielle dingue!

-        Et toi, tu t’es regardé… On dirait que tu ressembles à un vieux schnock .

-        Fred, tu sais. Elle me parle en javanais.

Luna regarde la scène de loin assis sur un banc de la place et cela la fait sourire.

-        Il faut que tu t’en ailles, tu n’as rien à faire dans ce quartier.

-        Je m’en irai, une fois que j’aurai vu Fred, je vous le promets.

-        Bon d’accord ! je vais la chercher.

-        Maman.

-        Luna, fais quelque chose, je n’en peux plus.

-        Fred est sous sa douche, elle va venir le voir.

-        Elle n’est pas trop pressée.

-        Oui, elle sait que ça te ferait les pieds de discuter avec Mathis ! Dans le fond, je la comprends!

-        Bon ! je te laisse, débrouille-toi avec lui, tu avais qu’à être aimable avec ta mère.

-        Tu sais, il me fait pas peur. Je le trouve même bien marrant !

Mirta retourne dans son hôtel. Mathis prend la main de Luna et ils vont s’asseoir sur le banc.

-        Tu connais Fred ? Elle vit chez-toi. Elle a bien de la chance!

-        Qu’est-ce qui t’a pris de crier son nom sur tous les toits!

-        Je l’aime trop!

-        Tu as fait une fugue, toi, ce n’est pas bien, il aurait pu t’arriver les pires ennuis.

-        Non ! Il ne faut pas dire ça !  Il faut positiver dans la vie!

-        Ils habitent où tes parents ?

-        Je n’ai pas de parents!

-        Menteur!

-        Tu n’as pas école aujourd’hui ?

-        Fred m’emmènera…

-        Elle ne travaille pas aujourd’hui.

-        Et alors, tu vas faire quoi de moi?

-        Je ne sais pas.

-        T’es gentille toi, tu n’es pas comme l’autre garce!

-        L’autre garce c’est ma mère alors tu me parles autrement.

-        Je ne savais pas moi.

-        Alors Luna, on fait la conversation?

-        Oui, j’apprends à le connaître.

-        Viens Mathis, je vais t’emmener à l’école.

-        Ah ! Non ! pas l’école ! je ne veux pas y aller.

-        Et pourquoi!

-        Je m’ennuie trop quand tu n’es pas avec moi.

-        Je sais ! Il faut que tu apprenne à avoir plus de distance avec moi.

-        Je…

-        Ecoute tais-toi, tu as assez fait de bêtises comme ça et tu sais, fuguer de chez tes parents cela est très grave alors tu vas me faire le plaisir de ne plus rien dire ok….

Arrivée à l’école, Blanche s’aperçoit que Mathis est avec Fred.

-        Ses parents m’ont téléphoné à la maison et ils étaient complètement paniqués.

-        Il était sur la place du Mistral en train de crier mon nom  de toutes ses forces…. Je pense qu’il m’a  suivie hier après le restaurant.

Blanche, Fred  et Mathis rentrent dans la classe un instant.

 

-        Bonjour, je suis Blanche Marci au téléphone. On a retrouvé votre petit garçon, Fred me l’a emmené ce matin.

-        Très bien, on va aller le chercher.

-        Mathis, ce n’est pas bien ce que tu as fait !

-        Je voulais juste faire une farce à Fred mais je ne suis pas très fier de ce que j’ai fait!

-        Tu as des remords.

-        Je vous promets. Je ne recommencerai plus… J’ai eu très peur aussi.

Antony et Brigitte rentrent dans la classe. Brigitte prend Mathis dans ses bras et s’effondre en larmes.

-        Ne pleure pas maman.

-        Vous allez le punir.

-        Non ! il a fait une expérience dans la vie au moins c’est positif.

-        Avant il n’aurait jamais fait ça ! Il avait peur de tout!

-        Grâce à Fred, j’ai affronté le monde.

-        Allez Mathis, on va rentrer à la maison maintenant!

-        Merci Fred de nous l’avoir ramené saint et sauf!

-        A demain Mathis.

Blanche et Fred les regardent partir en silence.

Mathis est un peu plus marqué par la différence que Fred. Ses yeux sont plus bridés et son visage plus rond. Il a plus de mal pour articuler les mots. Il a tendance à parler trop vite. Il est assez costaud. Il a un peu moins de souplesse au niveau des membres que Fred. Il joue au football dans une équipe importante dans le sport adapté à Marseille. Il gagne des matchs et en ce moment, il est tout content mais par contre il n’aime pas perdre du tout. Il se met dans une colère pas possible puis il arrive tout de même à se calmer petit à petit mais il ne faut absolument pas que quiconque intervienne pour le raisonner car cela le perturberait. Les élèves de sa classe ont tendance à se moquer de lui. Depuis que Fred  s’occupe de lui, il est devenu plus docile, plus gai. Maintenant,  il chantonne tout le temps. Il dessine de toutes les couleurs le visage de la vie.


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