Chapitre 62 

 L’école, le parcours du combattant

 

Fred se sentit en pleine forme ce matin. Elle ne dormait plus mais son esprit vagabondait dans sa tête. Elle se revoyait en train de peindre son étagère dans sa chambre et cela la rendait heureuse. Elle avait franchi une étape importante dans sa vie. Elle avait décidé de rester dans la chambre avec Luna. Elle ne se voyait pas non plus dormir toute seule. Elle se senti beaucoup plus forte qu’avant car elle n’avait plus peur du regard des mistraliens vis-à-vis de son handicap. Fred se foutait complètement de leurs préjugés sur sa différence. Elle voulait vivre et être libre c’est tout. Elle resta couchée sur son matelas et regarda Luna en train de dormir.  Au bout d’un moment, Fred ne tenait plus couchée alors elle décida de se lever. Elle apporta le petit déjeuner à Luna qui dormait encore. Doucement, elle la réveilla car à son gout, elle dormait un peu trop mais Luna était dans un sommeil tellement profond qu’elle n’entendit pas les mots de Fred. Elle ramena le petit déjeuner au Bar. « Je n’ai pas de chance, Luna dort encore, j’aurais bien voulu partager le petit déjeuner avec elle » se dit-elle au fond d’elle-même mais cela n’était pas très grave. La matinée passa tranquillement. Fred aida Thomas à servir les clients au bar. Thomas ne s’en sortait pas tout seul car Roland, Barbara et Mélanie avaient pris un jour de congé. Mirta surpris Fred en train de travailler.

-        Tu es déjà debout ! Tu es toujours en train de travailler ma parole !

-        Il faut bien que j’aide ce pauvre Thomas, il est débordé !

-        Tu n’as pas des nouvelles de Luna ?

-        Elle dort !

-        Jusqu’à midi, c’est bien la première fois que ça lui arrive !

-        Tu veux déjeuner ?

-        Oui, je veux bien.

-        Il n’y a pas de plat du jour, ce n’est pas grave. Il y a des sandwichs ou des salades composées que j’ai faites en vitesse ce matin.

-        Je veux bien gouter une salade composée.

-        C’est très bon. C’est rafraîchissant !

-        Merci.

-        En tous cas, je te trouve bien courageuse ces temps-ci.

-        Oui cela m’a donné de la bonne humeur de repeindre ma chambre.

-        C’est vrai, je te trouve plus épanouie c’est temps-ci.

-        Excusez-moi Mirta mais je ne peux plus faire la conversation avec vous parce qu’il y a des clients qui arrivent en masse.

Fred servait les boissons, les salades et les sandwichs au bar comme Thomas mais elle ne s’occupait pas d’encaisser l’argent. Elle le laissait faire à Thomas car elle avait trop peur de se tromper avec l’argent.  Fred se défonçait un maximum au bar et semblait très énergique. Elle avait retrouvé la joie de vivre. A midi, c’était un peu comme le coup de feu malgré qu’il n’y avait pas de menu du jour. Les mistraliens s’étaient donné le mot. On avait l’impression qu’ils venaient au bar pour regarder Fred travailler au Mistral tenu par Roland. Dans l’après-midi ce fut un peu plus calme.

 Luna arrive au Bar étonnée de voir Fred au comptoir avec un sourire radieux.

                           

-        On m’a dit que tu as aidé Thomas au Bar.

-        Heureusement que Fred m’a aidé sinon je pense que j’aurais fermé le Mistral.

-        Qu’est-ce qui t’arrive tout à coup ?

-        Tu sais ça m’a donné de la pêche de repeindre ma chambre. J’ai l’impression de voler comme un oiseau.

-        Viens que je t’embrasse.

-        Viens avec moi sur le dos de cet oiseau et on contemplera les toits des maisons. Assis sur cette mouette, c’est tous les jours le printemps.

-        C’est super ! Tu as su surmonter tes angoisses.

-        C’est parce que tu m’as fait confiance Luna.

 

Roland, Mélanie et Barbara arrivent sur la place du Mistral et sont surpris tous les trois de voir le Bistrot ouvert. Ils auraient parié que Thomas ne travaillait pas aujourd’hui. Ils rentrent au Bar et questionnent tous les trois Thomas mais il ne dévoile pas son secret. Il pense que ce n’est pas la peine de dire que Fred l’a aidé parce que de toute manière Roland, Mélanie et Barbara ne le croiraient pas. Il a l’air de dire qu’il sait débrouillé tout seul.  Il regarde Fred un instant.

 

-        J’ai compris dit Roland en fait tu as embauché Fred.

-        Elle a dû faire le bazard dans les comptes.

-        Rassurez-vous, c’est moi qui me suis occupé de la caisse.

-        Elle a fait quoi exactement ?

-        Ce matin, elle à fait des sandwichs et des salades composées et à midi, on a tout vendu.

-        J’espère qu’elle n’a pas fait trop de dégâts dans ma cuisine.

-        Tu peux aller l’inspecter !

Roland va voir dans la cuisine.

-        C’est nickel !

-        Tous les deux, on a fait le super ménage !

-        Je suis quand même embêté, je vais devoir un petit salaire à Fred.

-        Non ! Ce n’est pas la peine ! Je n’ai pas fait ça pour gagner de l’argent. Je l’ai fait juste pour mon plaisir.

-        Elle a fait pour mieux se faire intégrer par les Mistraliens et pour leur prouver que malgré une différence, on est capable de faire des choses comme les autres dit Luna.

-        Tu veux travailler avec nous ?

-        Je ne veux pas déranger.

-        Je suis content que tu as pu aider Thomas à midi mais je ne préfère pas que tu travailles avec nous, c’est très difficile ce métier.

-        Je ne veux pas faire ce métier, Roland. J’ai autre chose à faire en ce moment.

-        Je te donne 50 Euros, j’y tiens beaucoup parce tu m’es très sympathique.

-        Merci Roland.

-        Dans la semaine, je voudrais me balader avec toi, ce sera mon cadeau.

-        D’accord, ça marche Mélanie.

-        Et toi Barbara, tu ne fais pas de cadeau à Fred.

-        Si bien sûr dit-elle un peu gênée. Je vais réfléchir.

 

Luna et Fred sortent du bar. Elles vont  rejoindre Sacha, Jonas et Nathan.

 

Dimanche, Fred s’habille bien parce qu’elle est invitée chez Blanche. Elle veut lui faire une bonne impression. Elle se pose des questions dans sa tête « pourquoi Blanche veut-elle me parler ? A-t-elle une mauvaise nouvelle à m’annoncer ? » Fred s’inquiète un peu. Elle trouve son invitation un peu étrange. Elle parle de Blanche avec Luna mais elle la rassure quelque part. 

Luna trouve que c’est bien que Fred se mélange un peu plus avec les mistraliens. Elle ne s’inquiète pas pour Fred car pour l’instant tout va pour le mieux. Luna est contente. C’est vrai se dit elle au fond de son cœur, on ressemble trop a un vieux couple avec Fred. C’est ridicule. Je vais essayer de me rattraper et passer un peu plus de temps avec Sacha. Dans le fond, Blanche a raison. Je vais laisser Fred un peu libre. Dans le fond, peut-être que je l’étouffe avec ma tendresse quelque part. Fredou sera ravie que je vive ma vie avec mes amis, ma famille. Quand on tient trop a quelqu’un, on est peut-être déçu après quand on connait mieux la personne. On ne sait jamais sur quel chemin où on marche.  Fred ne me déçoit pas au contraire grâce à sa différence, elle m’a apprit à tolérer les gens de plus en plus. Blanche a raison, l’amitié que j’éprouve pour Fred ne s’effacera jamais. Je vais la laisser partir rejoindre ses parents. Elle reviendra au Mistral. Maintenant, j’en suis persuadée. On va vivre notre vie séparément et ça sera mieux comme ça. Il faut commencer toute de suite sinon après ça sera plus dur notre séparation.

Luna s’en va deux, trois jours dans les iles PORQUERROLLES avec Sacha. Ensuite, j’irai voir mon fils, ma mère et mes copines.

Jonas et Nathan s’entendent à merveille. Au lycée, Jonas s’est fait une petite amie, Léa avec qui il partage un vrai bonheur.

Fred arrive chez Blanche avec un gros bouquet de fleur.

-        Tiens, c’est un cadeau pour toi.

-        Il ne fallait pas te donner tant de mal.

-        Si…  c’est important pour moi. Tu t’es bien donné du mal pour m’inviter à manger avec toi.

-        Non ! mais tu veux rire !  C’est rien !

Blanche s’occupe de ses fleurs et les met dans l’eau.

-        Elles sont magnifiques.

Fred s’assied sur le canapé et Blanche aussi.

-        C’est bien d’être venue tôt, on va pouvoir discuter ensemble.

-        Luna m’a expliqué qu’il te fallait mon parcours scolaire pour me défendre devant l’inspecteur mais le problème c’est que je n’en ai pas.

-        Si je t’ai invitée, c’est pour te connaître mieux Fred. D’abord, avant d’aborder le sujet, je voulais te dire quelque chose de très important.

-        Tu m’inquiètes là !

-        Je voudrais que tu me parles de toi.

-        De moi ?

-        Oui, enfin de compte, je ne te connais pas très bien.

-        Tu veux que je te parle de quoi ?

-        Tu pourrais me parler de tes passions, de tes rêves ou bien la vie quand tes parents étaient à côté de toi. Tu as des frères et des sœurs ?

-        J’ai un frère, il s’appelle Luis mais maintenant, je ne le vois plus.

-        Pourquoi ?

-        Il s’est réfugié en Espagne où il s’est marié. Il a eu 2 enfants avec sa nouvelle petite amie.

-        Dans quelle ville est-ce qu’il l’habite ?

-        Je ne sais pas. Ca fait très longtemps que je n’ai pas eu de ses nouvelles.

-        Tu penses qu’il en a rien à faire de toi.

-        Non ! cela est impossible, on s’entendait très bien quand on était jeune.

-        Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Tes parents n’ont pas essayé de le recontacter ?

-        Je ne sais pas. C’est quoi cette interrogatoire !

-        Je ne sais pas. On ne disparaît pas comme ça du jour au lendemain.

-        Au début, on s’écrivait pendant très longtemps puis après on a arrêté à s’envoyer du courrier.

-        Cela t’embête que je parle de ton frère ?

-        Oui. Je ne vais pas me sentir bien si je parle de lui.

-        Je voulais juste comprendre pourquoi tu ne le voyais plus.

-        Sa copine m’a écrit une lettre en m’annonçant sa mort. Il est décédé dans un accident de moto.

-        Excuse-moi… Je ne savais pas.

-        Tu comprends, ça me remue tout ça.

-        D’accord, on ne va plus en parler.

-        Qu’est-ce que tu veux savoir d’autre sur moi ?

-        Tout.

-        Ecoute Blanche, je veux bien te parler de ma vie mais je voudrais savoir d’abord si je vais rester à l’école auprès de Mathis.

-        Tu es si pressée de savoir ce que l’inspecteur à décidé pour toi ?

-        Oui, ça ira mieux après.

-        Ce n’est pas facile à dire mais l’inspecteur à décidé qu’il ne renouvellerait pas le contrat que tu avais depuis un an.

-        J’en étais sûre. En fait, c’est fini, je ne pourrai plus retravailler nulle part. Personne ne m’acceptera ! Quand on a une différence, on est bon pour la casse.

-        Pourquoi dis-tu ça ?

-        C’est pourtant la vérité.

-        Tu vas rejoindre tes parents en Amérique, c’est plutôt bien.

-        Oui, c’est vrai. Je vais rester juste pendant un mois avec eux après je compte bien revenir à Marseille.

-        Tout n’est pas foutu pour autant. Quand tu reviendras, on te réintégra à l’école.

-        Non ! C’est vrai ?

-        Tu as fait un excellent travail avec Mathis. Il a rattrapé son retard. L’année prochaine, il va passer en CM2 et ça c’est grâce à ton aide. L’inspecteur a tenu compte de ses progrès. Je me suis un peu mêlée de ce qui ne me regarde pas. Je lui ai parlé de tes difficultés en ce moment et il m’a écouté. C’est pour ça qu’il a mis fin à ton contrat. Il est prêt à le renouveler quand tu reviendras des Etats-Unis.

-        C’est grandiose ce que tu as fait Blanche ! J’ai du mal à y croire ! Et la directrice, elle a dit quoi ?

-        Elle est prête à faire un effort aussi. Elle a admis qu’elle ne te connaissait pas beaucoup. Elle te donne une deuxième chance. Je voulais aussi te dire que cela n’a pas été facile de la convaincre ainsi que l’inspecteur.

-        Comment tu t’y es prise pour qu’on m’accepte de nouveau à l’école ?

-        J’ai fait circuler une pétition auprès des instituteurs et ils ont tous signé pour ta réintégration. C’est important de nos jours d’avoir la chance de travailler avec quelqu’un comme toi.

-        Il faudrait que d’autres trisomiques aillent à l’école comme moi.

-        L’année prochaine, il y aura deux ou trois enfants trisomiques en plus de Mathis.

-        Ah bon !  Et toi, tu vas continuer à enseigner en CM2 ?

-        Monsieur DURANT va partir à la retraite et c’est moi qui vais prendre le relais.

-        En fait, tout va bien dans le meilleur des mondes alors ?

-        Oui.

-        Je ne sais pas comment te remercier Blanche.

-        Tu l’as déjà fait en m’offrant ces fleurs.

-        C’est rien, tu rêves !

-        Il n’y a pas de dessert.

-        Si tu le souhaites, je peux t’en faire un.

-        Oui, je veux bien.

-        Il me faudrait du chocolat, des œufs ?

-        C’est tout.

-        Je vais te faire une bonne mousse au chocolat.

Fred fait le dessert. Blanche regarde Fred en train de faire à manger. Elle est fière. Ensuite, elles passent à table. A la fin du repas, Blanche sort une bouteille de champagne et elles trinquent pour la nouvelle vie de Fred à l’école.

Dans l’après-midi, Fred lui parle un peu plus de sa vie. Blanche est ravie de connaître un peu plus Fred. Ensuite, elles jouent ensemble au scrabble et aussi à d’autres jeux de société. Elles passent une bonne journée ensemble. Le soir, Fred rentre au select. Fred est très émue et très enthousiaste. Elle n’en revient pas que Blanche la défende comme ça. En tout cas, Blanche n’a jamais eu de problème avec la différence de Fred bien au contraire.

Couchée sur son matelas, Fred repense à tout ça. C’est quelque chose de brillant pour elle. Fred avait des problèmes concernant l’école car cela lui rappelait des mauvais souvenirs dans sa jeunesse. Elle n’osait pas en parler à Blanche pour ne pas la blesser et aussi parce qu’elle s’était décarcassée pour lui trouver une place en or.

Fred avait envie de parler avec Luna de ses difficultés à l’école. Luna n’était pas encore rentrée des îles PORQUEROLLES avec Sacha. Leur voyage avait duré un peu plus longtemps que prévu.

Blanche téléphona à Fred pour l’inviter de nouveau chez elle. Blanche avait encore des choses à lui dire très importantes. Presque toute la nuit, elle pensa à des choses qu’elle avait oubliées de dire à Fred.

Une association de parents d’enfants trisomiques avait pris contact avec elle. Blanche les avait reçus pour parler avec eux. Elle leur avait parlé du cas de Fred et c’est pour cela qu’il lui fallait son parcours scolaire. Pour oublier ses problèmes familiaux, Blanche s’était investie totalement dans une association dont elle était la marraine. Elle aidait les parents qui se posaient des questions sur la trisomie de leurs enfants. Elle organisait des réunions, des colloques. Dans une réunion, elle voulait leurs parler du parcours scolaire de Fred car il était un peu exemplaire.

François et Johanna devaient un peu plus se débrouiller par eux-mêmes. Blanche ne voulait absolument plus les entretenir. Johanna était folle de rage mais François était plus coopérant.  A la maison, il y avait une drôle d’ambiance. Un jour, la mère de Blanche avait téléphoné pour leur dire qu’elle arrivait au Mistral et qu’il fallait la chercher à l’aéroport Saint-Exupéry dans l’Isère. Elle voulait prendre un avion en direction de Marseille mais malheureusement, elle n’avait pas pris la bonne direction.

François et Johanna sont partis la chercher.  En ce moment, Blanche a beaucoup de temps et c’est pour cela qu’elle se consacre à Fred.

Quand Fred arriva chez-elle, Blanche lui parla de l’association. Fred en était très étonnée de sa part. Blanche demanda à Fred si elle se souvenait de son enfance quand elle était à l’école.

Fred s’allongea sur le canapé et ferma les yeux. Elle essayait de se souvenir de son passé. Elle se revoyait sur les bancs de l’école quand elle était une enfant. Il y avait des images qui passaient au ralenti comme dans un film mais cela lui semblait un peu vague. Blanche trouva cette manière de se concentrer un peu étrange à son gout alors elle réveilla Fred qui à son avis était en train de dormir.

-        Fred, tu dors ! Réveille-toi !

-        Je ne dors pas. Je me concentre c’est tout.

-        Tu as une drôle de manière de te concentrer.

-                                            

-        Allo ! Allo ! La terre !

-                           

-        Tu es où en ce moment au paradis !

-        Je me détends c’est tout. Je sais que ça te paraît absurde mais j’ai besoin de temps.

-        C’est n’importe quoi, cette façon de te concentrer !

-        Je ne me souviens pas de mon parcours scolaire.

-        Fais un effort !   C’est important pour moi !

-        C’est facile de me critiquer. J’essaye de trouver des combines pour que ma mémoire me revienne, et toi tu m’empêches de les exploiter.

Fred referme les yeux mais cela fait rire Blanche.

-        Blanche arrête de te moquer de moi, je me concentre.

-        Oui… Bien sûr !

Les yeux de Fred se refermèrent de nouveau. Blanche désespérait, faisait les cents pas dans son appartement. Elle rangea quelques dossiers que François avait laissés sur la table du salon. Blanche était super maniaque. Il n’y avait pas un brin de poussière chez-elle. C’était nickel mais ce n’était pas non plus la grande bourgeoisie. François et Blanche étaient plutôt simples et ouverts aux autres.

Tout à coup dans ce silence pesant, Fred poussa un cri « ça y’est, je me souviens de mon enfance ! » « Ouf !!  » se dit Blanche doucement en elle-même.

-        Je t’écoute mais dis-moi les choses doucement car je dois les retranscrire sur mon cahier.

-        J’étais avec des enfants un peu comme moi dans une classe de perfectionnement.

-        C’est quoi une classe de perfectionnement ?

-                                     

-        Je ne peux pas te poser des questions.

-        Si… Si… C'est-à-dire ne me coupe pas toujours la parole.

-        Si je ne comprends pas ce que tu me racontes, il faut bien que tu m’expliques ton parcours.

-        D’accord ! Reprenons !

-        Je t’écoute !

-        Une classe de perfectionnement, c’est comme si tu étais en CP et en CE1 mais on étudie les matières d’une façon un peu plus lente que les autres enfants qui n’ont pas eu de difficultés. Ensuite, je suis passé e en CE2 normalement car ma maman est allée voir l’inspecteur pour que j’intègre cette classe car je savais lire et écrire. La psychologue scolaire n’admettait pas que les trisomiques 21 sachent lire et écrire car elle avait de gros préjugés sur cette différence. Ensuite, je suis allée CM1 puis CM2.

-        A quel âge as-tu dis tes premiers mots ?

-        J’ai parlé à 3 ans. J’ai été chez une orthophoniste de 3 ans à 12 ans. Ma maman m’a dit que les très bons orthophonistes savent apprendre à parler aux enfants muets. C’est une question d’apprendre à placer sa langue et donner à sa bouche la bonne forme.

Le Samedi matin, je n’allais pas à l’école car je faisais du soutien par ailleurs. Je faisais de la psychomotricité et du soutien en lecture.

-        C’est quoi la psychomotricité ?

-        Je ne sais pas. Regarde dans le dictionnaire.

Blanche va chercher son dictionnaire.

Définition du dictionnaire – Ensemble des fonctions motrices considérées sous l’angle de leurs relations avec l’activité cérébral en partie avec le psychisme.

-        Continue, ça me passionne beaucoup ta petite enfance.

-        Le pédiatre m’a donné des médicaments pour aider le développement du cerveau jusqu’à l’âge de 16 ans.

-        Tu avais des amis ?

-        J’avais un petit amoureux. Il s’appelait Julien mais il ne voulait pas jouer avec moi. Il préférait aller avec ses copains. Je me suis battue pour essayer qu’ils m’acceptent dans leur équipe.

-        Tu es arrivée par te faire accepter ?

-        Oui, un peu seulement. Quand j’étais enfant, j’allais devant les autres mais la plus part du temps, ils me rejetaient souvent et je ne comprenais pas pourquoi.

-        Tu étais seule ?

-        Non… pas particulièrement. J’avais Julien. De temps en temps, on s’invitait dans nos maisons réceptives.

-        Tu es restée longtemps avec lui ?

-        Je ne me rappelle plus. Blanche, on divague là. On est plus sur mon parcours scolaire.

-        Vas-y ! je t’écoute !

-        A la fin de mon CM2, j’ai passé un test pour essayer d’aller en classe de 6ème  parce que la psychologue scolaire prétendait que les trisomiques 21 étaient nuls en math et aussi qu’ils ne pouvaient pas suivre en classe de 6ème. Mon instituteur disait que j’étais une bonne élève et que j’étais très capable de suivre les cours.

-        Et tu as réussi le test ?

-        Oui… En math, j’avais 18 sur 20 ?

-        Tu t’en souviens ?

-        Pas vraiment mais en math, j’avais réussi le test. Je suis donc passée en classe de 6ème.

-        Si tu avais quelque chose à dire à la psychologue scolaire, tu aurais envie de lui dire quoi ?

-        Que ce n’est pas normal que quelqu’un comme elle me barre la route uniquement parce que je suis trisomique. De nos jours, on appelle ça de la discrimination et je pourrais porter plainte contre elle, les hitlériens, on  en veut plus maintenant ! Ils ne sont plus de nos mondes !

-        Tes parents se sont beaucoup battus pour toi.

-        Oui mais c’est surtout ma maman qui s’est occupée de moi quand j’étais à l’école et je lui dois toute ma reconnaissance.

Peut-être que mon père pour lui c’était un peu trop dur d’accepter que j’avais du mal à apprendre. Il préférait s’occuper de moi pour les activités sportives.

 Tous d’eux m’ont donné la volonté de m’en sortir.

-        Ensuite.

-        On ne pourrait pas en parler un peu plus tard, je commence à fatiguer.

-        Si tu veux, tu pourrais dormir chez-moi et on continuera à parler de ton parcours scolaire demain matin.

Johanna et François ne sont pas là. Ils sont allés chercher ma mère (Wanda) à l’aéroport Saint-Exupéry dans la région de l’Isère.

-        Quelel drôle d’idée !

-        Elle s’est trompée d’avion.

-        Ensuite, ils vont dormir à l’hôtel et ils reviendront dans deux, trois jours.

-        Bon ! d’accord ! je reste avec plaisir.

Blanche était contente que Fred reste car elle avait encore de milliers de questions à lui poser. Elle était passionnée que Fred lui livre son parcours scolaire. C’est comme si  Fred lui donnait un petit cadeau en lui parlant d’elle-même. Cela était précieux pour Blanche.

Fred s’était toujours confiée à Luna mais jamais à quelqu’un d’autre et cela lui faisait un peu bizarre. Elle avait l’impression de trahir Luna. Elle en parla à Blanche de ce sentiment. Blanche la rassura en lui disant « Ne t’inquiète pas. Je recopierai ton parcours à l’ordinateur. Si tu le souhaites, tu pourras lui donner ». A ces mots, Fred se sentit un peu mieux.

Le lendemain, après avoir pris le petit déjeuner chez Blanche et une bonne douche, Fred reparla de son parcours scolaire à Blanche.

Je ne pouvais pas étudier dans un collège classique car les professeurs ne s’intéressent qu’aux bons élèves. J’aurais été larguée vite fait. J’aurai été au fond de la classe. Mes parents ont déménagé pour que j’aille dans un collège expérimental. Les professeurs étaient plus compréhensifs avec des gens à problèmes comme moi. Mes amis, c’étaient plutôt des enfants souvent d’origine étrangère.

-        Ca veut dire quoi expérimental ?

-        On étudiait d’une façon beaucoup plus adaptée. On faisait des fiches et quand on ne comprenait pas très bien les matières, on pouvait demander l’aide des professeurs.

-        Tu n’étais pas trop timide, tu osais demander de l’aide ?

-        Oh si ! C’était affreux, je n’osais pas leur parler. J’étais souvent dans mon monde imaginaire.

-        Comment as-tu fais pour apprendre à communiquer ?

-        J’improvisais comme au théâtre !

-        C’est vrai ou tu me fais marcher !

-        C’est à moitié vrai et à moitié faux !

-        Tu peux m’expliquer parce que je ne comprends pas. J’avoue, je patauge !

-        Les professeurs venaient de temps en temps vers nous. Ils s’apercevaient aussi si on avait compris ou pas. Si tu n’avais pas compris les cours, ils te réexpliquaient.

-        J’ai fait ma 6ème et jusqu’en 3ème  au collège expérimental de la Villeneuve à Grenoble.

-        Tu as habité à Grenoble ? comme c’est bizarre. Johanna a fait du patinage artistique là bas aussi. Tu aurais pu la croiser ?

-        Blanche, tu es dans la lune ! Je ne la connaissais pas ta fille avant.

-        Oui c’est vrai… c’est idiot de ma part.

-         En suite, il a fallu que je choisisse ma voie, apprendre un métier. J’étais assez immature, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire de moi plus tard. Par contre, j’avais des idées mais je me rendais bien compte que je ne pouvais jamais les réaliser.

-        Tu aurais voulu faire quoi comme métier ?

-        Comédienne ou scénaristes. En fait, je voulais à tout pris passé le BAC.                        

-        Comment ça t’était venu à l’idée d’écrire des scénarios ?

-        Tiens, j’ai un petit cadeau Blanche pour toi.

Blanche ouvre le cadeau de Fred.

-        Tu as écrit un livre ! Je le lirai avec plaisir.

Blanche déconcertée par cet événement lit les poèmes de Fred.

-        Je ne sais pas comment te remercier. On dirait que tu parles avec ton cœur. Ils sont magnifiques tes poèmes.

Blanche met le livre de côté. Elle est émue par son cadeau. Elle ne s’en remet pas facilement. Au bout d’un certain temps, elles se remettent à parler ensemble.

-        Ca va mieux ?

-        Oui mais comment as-tu fait pour écrire tous ça ? C’est bouleversant.

-        Je ne voulais pas t’en parler mais quand j’étais dans ce collège, j’ai eu des problèmes avec une prof de math.

-        Que s’est-il passé ?

-        Elle m’a appri brusquement mon handicap.

-        Tes parents ne te l’ont pas annoncé ?

-        Si ma maman me l’a dit quand j’avais 7 ans mais cela ne m’a pas gêné. Je ne voulais pas croire que j’étais trisomique. J’ai préféré oublier ma différence au fond de moi. Cela ne me préoccupait pas beaucoup. Pour moi, j’étais comme les autres. Je voulais vivre c’est tout et être libre.

-        Et quand ta prof de math t’a annoncé ton handicap comment as-tu réagi ?

-        Elle m’a dit que je ne pouvais pas réussir dans la vie parce que je suis trisomique. J’étais révoltée contre la société en même temps, je me repliais sur moi-même. Je voulais lui prouver qu’elle peut se tromper. Je me battrais toujours contre les préjugés des gens sur ma différence.

-        Ca me fait mal au cœur ce que tu viens de m’annoncer ? Tu as dû souffrir beaucoup.

-        J’avais comme une barre dans ma tête. J’ai commencé à écrire mes premiers mots de douleur. A l’époque, je voulais être poète comme Jacques Prévert.

-        C’est génial, tu as réussi ton rêve en écrivant ce recueil.

-        Comme j’étais très timide, j’ai fait du théâtre dans une troupe amateur et maintenant, je suis totalement guérie.

-        Cela n’a pas dû être facile d’accepter ta différence. J’imagine que tu lui en veux à ta prof de math.

-        Oui beaucoup. J’étais complètement désorientée. J’étais quelqu’un d’autre. Parfois quand j’étudie avec Mathis à l’école, je repense à tout ça.

-        Je comprends.

-        Il est comme moi.

-        Tu vas continuer de travailler avec moi à l’école malgré ton passé un peu difficile ?

-        Il y a Mathis. Je n’ai pas le droit de l’abandonner. Ca ne serait pas digne de ma part.

-        Revenons à ton parcours scolaire. Ensuite  qu’est-tu as fait comme métier finalement ?

-        On m’a orientée dans un Lycée d’enseignement professionnel pour essayer de passer un BEP d’agent administratif pendant un an. Le rythme était trop rapide pour moi. J’ai dû abandonner. On m’a alors orientée vers un CAP d’employée de bureau que j’ai suivi pendant 3 ans.

-        Tu n’as pas était trop déçue de ne pas aller jusqu’au BAC ?

-        Non ! J’ai 2 diplômes.

-        Lesquels ?

-        A la fin de ma troisième, j’ai eu le brevet des collèges et ensuite mon CAP d’employé de bureau.

-        Et ensuite, tu as pu travailler comme travailleur handicapé ?

-        Je devais aller travailler comme employée de bureau avec mon oncle Oscar à Marseille car il travaillait dans une grosse boîte.

-        Tu n’as jamais pu travailler avec lui. Je connais ton histoire quelqu’un du Mistral me l’a racontée.

-        J’ai rencontré Luna. Elle m’a fait vivre un rêve. C’est super !

-        Imagine seulement, si tes parents étaient restés avec toi. Tu aurais pu aller travailler dans le milieu ordinaire ?

-        J’aurais renoncé à vivre mes rêves. J’aurais pu aller travailler comme employée de bureau dans une administration mais ça m’aurait pas trop emballée comme métier.

-        Pourquoi ?

-        J’ai besoin d’air !

-        On se fait à tout !

-        C’est vrai… peut-être au bout d’un moment, je me serais habituée à faire ce métier.

-        En tous cas, tu auras prouvé que les trisomiques peuvent avoir une place dans la société. Tu es notre espoir Fred.

Après avoir raconté son parcours scolaire à Blanche, Fred sentit une émotion assez vive à l’intérieur de son corps. Elle se sentait enfin soulagée. Elle resta une nuit de plus à dormir chez Blanche.

Le lendemain matin, on sonna à la porte.

-        Bonjour Luna.

-        Bonjour Blanche, on m’a dit que Fred était chez-toi.

-        Rentre, tu veux un café ?

-        Oui, je veux bien.

-        Fred est sous la douche.

-        J’ai parlé avec Fred et on a décidé ensemble de te donner ce document.

-        C’est quoi ?

-        C’est la vie de Fred quand elle était à l’école.

-        Je n’aime pas trop lire !

-        Lis le pour Fred au moins, ça lui fera plaisir.

-        D’accord, je  le lirai.

-        C’est son parcours scolaire.

Fred avait passé deux, trois jours avec Blanche et elle en était très heureuse. Elle reparti se balader avec Luna. Luna emmena Fredou à l’aventure. Elles passèrent la nuit dans un cabanon pas trop loin de la mer. Elles regardèrent dans les vagues, un beau coucher de soleil en silence depuis le balcon du cabanon. Fred sentit que Luna était triste. Elle la prit par les épaules et lui demanda :

-        Ca s’est bien passé ton voyage aux Iles Porquerolles avec Sacha ?

Comme elle ne répondait pas, Fred était embêtée. Elle ne savait pas trop quoi faire pour l’aider.

-        Luna qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi, tu ne me parles pas ?

-        Excuse-moi Fred ! j’étais ailleurs.

-        Tu es où là ? Je suis là moi !

-        Je voudrais rentrer à l’intérieur. Je commence à avoir froid.

-        Luna, ça s’est mal passé avec Sacha ?

-        Au contraire, ça m’a plu d’être à ses côtés, j’avais besoin de la présence d’un homme, ça m’a fait du bien ce voyage.

-        Tu t’es bien amusée avec lui ?

-        On s’est bien entendu. On a bien ri !

-        Vous avez fait la fiesta tous les  jours !

-        On a bien bourlingué ! oui.

-        Alors pourquoi tu es si triste ?

-        C’est rien, ça va passer.

-        Tu es triste parce que tu sais que je vais partir au Etas-Unis ?

-        Ca n’a rien à voir avec ça.

-        Je n’aime pas te voir comme ça.

-        Je me suis disputée avec ma mère parce que tu n’as pas dormi au Select. Elle était folle de rage.

-        J’ai bien le droit de vivre ma vie.

-        C’est ce que je lui ai dit aussi.

-        Elle voudrait me bâillonner à une chaise et que je ne bouge pas, non, mais elle rêve ! 

-                             

-        Je n’ai pas de compte à rendre à ta mère. Je ne suis pas sa fille.

-        Je suis d’accord avec toi.

-        Je sais que tu m’as défendue, c’est ça l’amitié.

-        Rudy aussi était de ton côté. C’est lui qui m’a dit que tu squattais quelques temps chez Blanche. Je voulais te remercier. Depuis que tu es là, mon rapport avec mon fils a évolué d’une façon positive. Maintenant, il me fait plus la guerre comme avant. On arrive à se parler plus calmement.

-        Je suis émue que tu me dises ça. Ca me fait vraiment plaisir d’entendre ce compliment.

-         Demain, je vais retourner voir Sacha et toi qu’est-ce que tu fais de beau ?

-        Je vais me balader avec Mélanie. Tu vois, je suis indépendante !

Le lendemain, Luna et Fred rentrent au Mistral de bonne heure. Elles se séparent pour vivre leurs vies chacune de son côté.

Fred va chercher Mélanie au Bar et elles se promènent ensemble.


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